31 octobre 2022
Statistique
  • Assurance-vieillesse et survivants
  • Prévoyance privée
  • Prévoyance professionnelle
En Suisse, un quart des femmes ne disposent que du premier pilier. Ci-dessus, une récolte de cerises dans le canton d’Argovie. (Keystone)

Les trois piliers sous la loupe

Qui touche une rente de vieillesse ? Qui cotise ? Alors que dans l’AVS, la quasi-totalité de la population est assurée dès l’âge de 20 ans, le 2ᵉ et le 3ᵉ pilier comptent nettement moins de cotisants.

En un coup d’œil

  • En 2020, l’AVS comptait 5,8 millions de cotisants et la prévoyance professionnelle 4,4 millions d’actifs assurés.
  • Presque toutes les personnes à l’âge de la retraite (99 %) touchaient une rente AVS en 2020, et près de la moitié, une rente du 2ᵉ pilier (mais il faut tenir compte du fait que certaines personnes ont remplacé cette dernière par un retrait en capital).
  • Dans le 2ᵉ et le 3ᵉ pilier, les données statistiques sont incomplètes : en effet, il manque notamment des données individuelles sur les prestations et les cotisations.

La Suisse a introduit le système des trois piliers en 1972. L’objectif était de prévenir la précarité et de compenser l’absence de revenu d’une activité lucrative à l’âge de la retraite. Les trois piliers jouent des rôles différents à cet égard. Le 1ᵉʳ pilier – l’assurance-vieillesse et survivants (AVS) – couvre les besoins de base pour toute la population. Le 2ᵉ pilier – la prévoyance professionnelle – vise à permettre aux personnes exerçant une activité lucrative de conserver leur niveau de vie antérieur lorsqu’elles atteignent l’âge de la retraite. Dans le 3ᵉ pilier – la prévoyance privée –, ces dernières ont en outre la possibilité d’épargner volontairement pour leurs vieux jours.

Comment la population se répartit-elle entre chacun des trois piliers ? Les données statistiques disponibles varient en fonction du pilier et de l’année. Depuis l’entrée en vigueur de l’AVS en 1948, il existe des données agrégées sur les finances et les bénéficiaires de rentes du 1ᵉʳ pilier. Les comptes individuels, qui fournissent des informations sur les salaires soumis à l’AVS, ont été introduits dans les années 1980 ; le registre des rentes, qui contient des données liées aux bénéficiaires, existe quant à lui depuis les années 1990.

Dans le 2ᵉ pilier, la statistique des caisses de pensions fournit des données agrégées pour chaque caisse de pensions. Depuis 2015, la statistique des nouvelles rentes permet en outre d’obtenir des données individuelles sur la perception de rentes ou de capital par les nouveaux bénéficiaires. Contrairement au 1ᵉʳ pilier, il n’existe pas de registre des rentes dans la prévoyance professionnelle, et les cotisations ne sont pas recensées individuellement.

C’est toutefois dans le 3ᵉ pilier que le manque de données est le plus flagrant. En effet, seules les données fiscales permettent de déterminer le nombre de versements au pilier 3a, sur la base des montants déduits du revenu imposable. Néanmoins, les couples mariés étant considérés comme un seul contribuable, le nombre réel de personnes disposant d’un 3ᵉ pilier est sous-estimé. Des données concernant les prestations sont par ailleurs également disponibles depuis l’introduction en 2015 de la statistique des nouvelles rentes.

D’autres informations statistiques sur les institutions de prévoyance, notamment sur leurs finances et leur capital total, sont exposées dans la Statistique des assurances sociales suisses. Ces données ne sont pas mentionnées ci-après.

Qui cotise ?

En 2020, l’AVS comptait 5,8 millions de cotisants (voir graphique 1). En principe, toutes les personnes domiciliées ou exerçant une activité lucrative en Suisse doivent cotiser au 1ᵉʳ pilier ; outre la population résidante, il s’agit là également des travailleurs frontaliers. Les personnes exerçant une activité lucrative doivent cotiser à l’AVS à partir de 17 ans, et celles n’en exerçant pas, à partir de 20 ans.

Le 2ᵉ pilier, quant à lui, comptait en 2020 4,4 millions d’assurés actifs, soit trois quarts des personnes cotisant à l’AVS. Ce nombre d’assurés plus faible s’explique principalement par deux raisons. Premièrement, la prévoyance professionnelle ne concerne que les personnes exerçant une activité lucrative. Les salariés sont obligatoirement assurés, alors que les indépendants le sont à titre facultatif. Deuxièmement, il existe un seuil d’accès : seules les personnes gagnant plus de 21 510 francs par an auprès d’un même employeur sont tenues de cotiser. De nombreux travailleurs à temps partiel ou à emplois multiples, tout comme les personnes n’exerçant pas d’activité lucrative, ne disposent donc pas d’un 2ᵉ pilier.

L’introduction de l’assurance obligatoire en 1985 a fait croître fortement le nombre d’assurés dans la prévoyance professionnelle. Dans les années 1990, par contre, celui-ci a à nouveau diminué. Outre un meilleur recensement des assurés, qui a permis de réduire les doubles comptages, ce recul s’explique avant tout par la mauvaise conjoncture économique.

Pour ce qui est du 3ᵉ pilier, les personnes exerçant une activité lucrative peuvent actuellement déduire au maximum 6883 francs de leur revenu imposable. Selon les données de l’Administration fédérale des contributions (AFC), le nombre de contribuables (personnes seules et couples mariés) ayant déclaré une déduction pour le pilier 3a a continuellement augmenté depuis les années 1990 : en 2018, ils étaient 1,7 million, soit 29 % des cotisants à l’AVS. Comme mentionné plus haut, le nombre effectif de personnes concernées est probablement plus élevé, car les couples mariés peuvent effectuer deux versements individuels.

Qui touche des prestations ?

Considérons maintenant les bénéficiaires de prestations : en 2020, 1,66 million de personnes domiciliées en Suisse ont touché une rente de vieillesse AVS, soit 99 % de la population résidante permanente ayant atteint l’âge ordinaire de la retraite. Le 1 % restant comprend notamment les personnes ayant ajourné le versement de leur rente ainsi que celles qui se sont établies en Suisse après l’âge de la retraite.

Le 2ᵉ pilier, quant à lui, compte nettement moins de bénéficiaires de rente que l’AVS, avec 842 000 personnes en 2020 (voir graphique 2). Ce chiffre n’inclut pas les personnes qui, au moment de prendre leur retraite, ont choisi de se faire verser leur avoir sous forme de capital plutôt que de toucher une rente ; en 2020, il s’agissait d’un tiers des nouveaux bénéficiaires de rente AVS. 20 % ont, quant à eux, opté pour une combinaison de rente et de capital.

Il n’existe pas de données sur le nombre de personnes à l’âge ordinaire de la retraite ayant reçu des prestations du 3ᵉ pilier. La statistique des nouvelles rentes indique toutefois qu’en 2020, près de 110 000 personnes entre 59 et 70 ans ont touché une prestation en capital dans le cadre du pilier 3a.

En 2020, la rente moyenne s’élevait à 1862 francs par mois dans le 1ᵉʳ pilier (AVS) et à 2385 francs dans le 2ᵉ pilier (prévoyance professionnelle). À titre de comparaison, ce montant était nettement plus bas dans les années 1969-1970 : adapté aux prix de 2020, il s’élèverait à respectivement 758 et 1543 francs. En effet, les adaptations législatives (notamment l’introduction de l’indice mixte dans l’AVS), l’évolution des salaires et les changements dans la structure de la population active ont engendré une hausse des rentes supérieure à l’évolution des prix.  

De nombreux retraités ne touchent que l’AVS

Près d’une personne sur cinq ayant atteint l’âge ordinaire de la retraite entre 2014 et 2018 ne touchait qu’une rente du 1ᵉʳ pilier en 2019. On observe une grande différence entre les sexes : 26 % des femmes ne percevaient qu’une rente AVS (voir graphique 3), alors que cette part est de 13 % pour les hommes. À l’inverse, 41 % des hommes disposaient d’une prévoyance vieillesse dans les trois piliers, contre seulement 29 % des femmes.

En conclusion, on observe que les données statistiques sur le système des trois piliers ont été en particulier améliorées par l’introduction de la statistique des nouvelles rentes. Des lacunes subsistent néanmoins, faute de registre des bénéficiaires dans la prévoyance professionnelle et de données sur les ménages. Pour cette raison, il n’est guère possible d’établir des statistiques sur la situation économique générale des bénéficiaires de rente.

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Auteurs

Docteur ès sciences économiques, cheffe 
suppléante du secteur Données de bases et analyses, Office fédéral des assurances sociales (OFAS)
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