La collaboration interinstitutionnelle CHSS n° 3 ⁄ septembre 2017

Coordination interinstitutionnelle en matière d’encouragement linguistique

Sur mandat du Conseil fédéral, le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) a ­établi le ­projet ­national « fide » visant à l’encouragement linguistique des adultes allophones. Au vu de ­l’importance des compétences linguistiques, en particulier pour la formation et ­l’insertion professionnelle, le pilotage et le développement de « fide » sont appelés à s’inscrire à ­l’avenir dans un cadre interinstitutionnel.

La connaissance de la langue du pays d’accueil est une condition essentielle non seulement pour participer à la vie sociale, mais aussi pour accéder à la formation et au marché de l’emploi. Ces dernières années, l’importance de l’apprentissage de la langue pour l’intégration a été renforcée dans la législation fédérale, que ce soit dans la loi sur les étrangers et l’intégration (LEI) et la loi sur la nationalité (LN), récemment révisées, ou dans la nouvelle loi sur la formation continue (LFCo). En Suisse, les étrangers adultes apprennent la langue locale dans des structures, des contextes et des mesures variés, dépendant de financements privés et publics. Les investissements de la Confédération, des cantons et des communes dans les offres d’apprentissage de la langue sont considérables, même si – comme le rappelle le message relatif à la LFCo – la plus grande part des dépenses pour la participation à un cours de langue est prise en charge par les employeurs, les organisations du monde du travail et les participants eux-mêmes 1.

Les participants aux cours de langue bénéficiant de subventionnements étatiques n’ont pas tous les mêmes objectifs : les uns apprennent la langue pour accéder à une formation professionnelle, les autres pour trouver un emploi, d’autres encore pour mieux accompagner leurs enfants durant leur scolarité. Selon le contexte et l’objectif, les porteurs de l’offre de cours sont la formation professionnelle, l’école, l’intégration spécifique ou les services de l’emploi.

Quels que soient les objectifs, l’apprentissage de la langue doit être orienté vers les besoins à la fois de la société et des personnes concernées. C’est dans ce but que le SEM a développé en collaboration avec de nombreux partenaires du terrain le concept-cadre « fide : Français, Italiano, Deutsch en Suisse » pour l’encouragement linguistique des adultes allophones (Lenz et al. 2009). Son implémentation progressive connaîtra un tournant décisif en 2018 avec la mise en œuvre d’un outil d’évaluation de la langue et l’introduction d’un passeport des langues. C’est également en 2018 que sera mis sur le marché le label « fide », nouveau label de qualité pour les cours de langue seconde en allemand, français et italien 2.

L’importance du concept « fide » pour l’encouragement linguistique est telle qu’il est prévu d’établir dans le cadre de la collaboration interinstitutionnelle (CII) un groupe de coordination pour l’orientation stratégique de l’encouragement linguistique. Ce groupe aura pour objectif d’assurer la qualité des offres de cours de langue au sein des institutions de la CII, de veiller à la qualification adéquate des formateurs, et d’accompagner l’introduction et la reconnaissance des outils d’évaluation mis à disposition par « fide ».

Concept national d’encouragement linguistique Selon le Conseil féderal, tous les adultes allophones résidant en Suisse doivent avoir accès à une offre de cours de langue de qualité correspondant à leurs besoins. Les bases pour y parvenir sont désormais concrétisées dans le projet « fide ». Elles ont été élaborées en 2009 par l’Institut de plurilinguisme de Fribourg, sur mandat du SEM, dans le curriculum-cadre relatif à l’encouragement linguistique des migrants. Ce curriculun définit les principes d’un encouragement linguistique adapté au contexte suisse de l’intégration et énonce des recommandations pour améliorer la qualité des offres de cours et l’efficacité de leurs modalités didactiques et pédagogiques. Il propose également un instrument d’évaluation des compétences en communication. Entre-temps, les recommandations ont été développées dans différents projets avec le concours de partenaires expérimentés, et consolidées dans le concept d’encouragement linguistique « fide ».

D’un point de vue technique, ce concept s’inscrit dans les principes de la formation d’adultes et le cadre européen commun de référence pour les langues (CECR) établi par le Conseil de l’Europe. Il se base sur les acquis les plus récents de la recherche sur l’acquisition d’une deuxième langue, suit les bonnes pratiques validées par l’encouragement linguistique effectué en Suisse et répond aux besoins des autorités, des employeurs et de la population. Ainsi, il garantit que les adultes allophones acquièrent en cours ce dont ils ont besoin dans leur vie quotidienne et sur le marché du travail en Suisse.

Agir avec la langue du pays Pour que ce projet réponde aux besoins, le SEM a demandé à l’Université de Fribourg de mener une large enquête. Quelque 500 personnes clés y ont répondu entre 2010 et 2011. Enseignants, médecins de famille, employeurs ou autorités administratives, tous ont été consultés sur les compétences linguistiques spécifiques qu’ils attendent des adultes allophones dans leurs contacts professionels. L’enquête a aussi demandé aux migrants dans quelles situations particulières ils ont besoin de s’exprimer dans la langue de leur nouveau lieu de séjour.

Les adultes allophones sont très rapidement confrontés à des situations qu’ils doivent pouvoir maîtriser de manière autonome dans la langue locale. En effet, dans la vraie vie, il n’est pas toujours possible d’attendre d’avoir suivi un cours de langue ou d’avoir atteint un certain niveau pour se rendre chez le médecin ou au guichet d’un service administratif. Les défis linguistiques apparaissent donc dès leur arrivée en Suisse. Certains sujets s’imposent tôt ou tard à la plupart des étrangers, d’autres prennent de l’importance en fonction des motifs d’arrivée en Suisse, du sexe, de la situation de vie ou des objectifs personnels de chacune et chacun. Pour que l’apprentissage de la langue soit un succès, il importe que les participants reconnaissent que la matière à apprendre est d’une grande utilité pour affronter la vie quotidienne, et que la pratique consolide l’apprentissage et atteste des progrès accomplis.

Compte tenu de ces éléments, l’approche « fide » s’oriente d’abord sur les scénarios de la vie quotidienne, dont le déroulement prévisible peut être décrit et exercé de manière ciblé. Les participants s’exercent ensuite à communiquer dans des situations spécifiques qui exigent, en plus de la langue, des compétences professionnelles ou des connaissances générales sur les us et coutumes de la société d’accueil. Le projet des cours de langue sur les chantiers, mené par la Société suisse des entrepreneurs, se base par exemple sur des scénarios spécifiques pour les métiers de la construction, développés par « fide ». A travers un autre projet pilote, les femmes enceintes et les jeunes mères ont appris à maîtriser des scénarios comme « Se rendre chez le gynécologue » ou « Accueillir la sage-femme chez soi après l’accouchement ».

Présenté au public en 2012, le concept d’encouragement linguistique en est maintenant à la phase de mise en œuvre. Avec le soutien des cantons, des séances d’introduction ont été organisées pour les enseignants, des modules de formation continue sont proposés et les premiers cours de langue appliquant les principes de « fide » ont désormais commencé. En 2016, la Confédération a commandé une étude (Hagenow 2016) pour savoir comment les acteurs de terrain, en particulier les formateurs, se sont approprié et appliquent les principes clés du concept. Il en ressort que les cours font très clairement le lien avec la réalité suisse et qu’ils adoptent une approche pratique. L’étude contient des recommandations pour le prochain développement de « fide » à différents aspects.

Missions et objectifs du groupe de coordination « fide » Pourquoi l’encouragement linguistique des adultes allophones est-il tributaire d’une coordination in­­terinstitutionnelle ? L’apprentissage de la langue locale constitue un préalable indispensable pour avoir accès à la formation et participer à la vie sociale et économique. La promotion de l’intégration, la formation professionnelle, les autorités du marché de l’emploi et l’aide sociale sont les principaux acteurs qui financent les offres d’encouragement linguistique. Une coordination plus grande dans ce domaine contribue notamment à accroître la perméabilité entre les cours de langue et à définir des exigences de qualité communes, ce qui permet d’utiliser de manière plus efficiente les moyens existants. Par ailleurs, grâce à l’introduction de l’évaluation de langue «fide» et du passeport des langues, les structures de la CII disposeront d’un document uniforme pour l’attestation de compétences linguistiques. Cela facilitera aussi bien la tâche des personnes allophones que la communication entre les différentes autorités.

Qualité : le label « fide » L’objectif premier du groupe national de coordination pour l’encouragement linguistique est d’assurer la qualité et la coordination des offres de cours dans les différentes structures de la CII. En 2017, huit offres de cours – financées par les services de l’intégration et de l’emploi et les employeurs du secteur de la construction – ont obtenu ce label au terme d’une phase pilote. Complémentaire aux certifications de qualité courantes dans le domaine de la formation des adultes (eduQua, AOMAS ou ISO), le label « fide » augmente la visibilité des offres qui sont axées sur les besoins du public cible et ancrées dans la réalité de la vie quotidienne en Suisse. Le groupe de coordination « fide » jouera un rôle important non seulement dans la diffusion de ce label, mais également dans la prise de conscience qu’un cours de qualité est en premier lieu une offre qui correspond le mieux aux besoins du participant. Dans ce but, le groupe de coordination s’engagera pour la professionnali­sation de l’évaluation des participants en vue du placement dans l’offre qui convient.

Qualification : la formation modulaire « fide » Un des aspects incontournables de la qualité est la qualification des formatrices et des formateurs chargés d’animer les cours. Avec les trois modules de formation « fide » « Migration et interculturalité », « Didactique des langues secondes » et « Enseignement sur la base des scénarios ‹ fide › », la Suisse dispose pour la première fois d’une offre de formation spécifique pour l’enseignement de la langue seconde, quelle que soit la langue enseignée. Depuis 2015, plus de 300 formateurs d’adultes en langue seconde ont obtenu le certificat « fide » de formateur en langue dans le domaine de l’intégration. Le groupe de coordination « fide » s’engagera pour une qualification adéquate des formatrices et formateurs dans les offres de cours, grâce à la promotion des modules « fide » comme complément de spécialisation au certificat de formateur d’adultes ou à un diplôme équivalent.

Évaluation : le passeport des langues Que ce soit pour chercher un emploi, accéder à une formation, obtenir un permis ou un passeport suisse, les personnes allophones en Suisse doivent à de multiples reprises documenter leurs compétences linguistiques. L’évaluation de langue « fide » et le passeport des langues fournissent une attestation simple et fiable du niveau de langue en allemand, français et italien. Alors que la plupart des examens de langue font référence à des réalités liées à la France, à l’Allemagne ou à l’Italie, l’évaluation de langue « fide » teste les compétences en langue dans des situations du quotidien en Suisse. Ainsi, l’évaluation « fide » vérifie si les candidats savent résilier une assurance-maladie, rédiger un mot d’excuse pour leur enfant malade ou comprendre l’instruction d’un employeur. Grâce au passeport des langues qui tient compte des niveaux du CECR, l’évaluation des compétences linguistiques pourra se faire de manière uniforme en Suisse. Le groupe de coordination « fide » aura pour tâche de diffuser les outils d’évaluation « fide » et de veiller à ce que les institutions concernées par l’évaluation des compétences linguistiques reconnaissent et encouragent l’évaluation de langue « fide » et l’obtention d’un passeport des langues.

L’avenir de l’encouragement linguistique L’apprentissage de la langue locale est un élément central de l’intégration. Des compétences linguistiques suffisantes constituent un préalable pour se former, exercer un travail et participer à la vie sociale. Grâce à leur collaboration étroite au sein d’une CII, les acteurs de l’encouragement linguistique pourront aborder en commun la question de la qualité, se coordonner dans la formation des formateurs, et évaluer et documenter les compétences linguistiques. Ils parviendront ainsi à faire un usage aussi efficient qu’efficace des moyens financiers à leur disposition. Les personnes allophones qui vivent en Suisse en bénéficient tout particulièrement, car les cours de langue qui leur sont destinés leur ouvrent de meilleures perspectives en matière d’emploi et de formation.

Le Secrétariat « fide »

Après une phase pilote de deux ans, le Secrétariat « fide » a ouvert en 2017 en tant que structure permanente. Sur mandat du SEM, il s’occupe de la mise en œuvre opérationnelle de toutes les prestations offertes dans le cadre de « fide » et fonctionne comme centre de compétences de la Confédération pour l’encouragement linguistique dans le domaine de l’intégration.

Secrétariat « fide »
Effingerstrasse 35
3008 Berne
fide@fide-info.ch
031 351 12 12

Sur le site Internet www.fide-info.ch, autorités, formateurs et personnes intéressées trouveront des ressources didactiques pour un apprentissage pratique axé sur les situations de la vie quotidienne. Outre les scénarios tirés de la vie courante, le site propose des instruments pour identifier les besoins et évaluer les progrès effectués. A travers des vidéos illustrant divers scénarios, les collaborateurs des autorités administratives peuvent se rendre compte de la manière dont une personne ayant atteint le niveau A1 ou A2 peut se débrouiller dans telle ou telle situation. Cela permet d’avoir une idée plus précise des niveaux de compétences fixés par le CECR.

  • 1. Les dépenses consenties par les pouvoirs publics dans le domaine de l’encouragement linguistique sont difficiles à chiffrer. Il faut tabler sur un montant se chiffrant en dizaines de millions de francs.
  • 2. www.fide-info.ch.